Un lieu unique au monde ouvre ses portes ce mardi 26 juin à Paris. Il est consacré à l’un des artistes les plus marquants du XXe siècle, le sculpteur et peintre suisse Alberto Giacometti. Situé au cœur du quartier historique de Montparnasse, l’Institut Giacometti se veut un musée à taille humaine afin de permettre une proximité inédite avec l’artiste et ses œuvres.Célèbre pour ses sculptures de L’Homme qui marche et de femmes aux silhouettes filigranes, Alberto Giacometti a traversé le cubisme et le surréalisme avant de trouver sa propre voie. Aujourd’hui même, Giacometti va retrouver un refuge à son image au cœur du quartier historique de Montparnasse où il a vécu et travaillé pendant 40 ans jusqu’à sa mort en 1966 : l’Institut Giacometti.

Un lieu unique au cœur de Montparnasse

L’Institut Giacometti est situé à seulement deux pas de l’atelier mythique de l’artiste dans une rue qui longe le cimetière de Montparnasse : la rue Victor-Schoelcher. C’est là où Simone de Beauvoir a eu un appartement et Picasso un atelier. Vous entrez au numéro 5 dans un hôtel particulier au style Art déco somptueux, construit dans les années 1910 par l’artiste-décorateur Paul Follot. Une fois passé le seuil, vous êtes face à l’histoire : l’atelier de Giacometti reconstitué jusqu’au dernier pinceau, jusqu’aux murs, grâce à sa veuve Annette Giacometti qui a tout gardé : d’une version inachevée de L’homme qui marche jusqu’au cendrier rempli de mégots. Elle a légué la totalité de ce trésor à la Fondation Giacometti qui possède le plus riche fonds d’œuvres de l’artiste au monde et qui est à l’origine de ce lieu atypique et émouvant.

« À travers la vision de l’atelier, on comprend vraiment la modestie d’un artiste qui, même très célèbre, reste dans un atelier de 24 mètres carrés, très rudimentaire, entièrement consacré à son travail, raconte Christian Alandete, responsable des expositions et des éditions. La rudesse fait aussi partie de son processus de création. Et donc on rentre un peu dans l’intimité, quelque chose de beaucoup plus proche avec Giacometti. »

L’intimité fait la différence

L’idée de ce musée d’une superficie relativement modeste, 350 mètres carrés, c’est d’en faire un musée à taille humaine, ce qui implique un accès limité à 40 personnes par demi-heure et des réservations en ligne. Le lieu l’impose avec ses couloirs labyrinthiques, ses niches et alcôves. Après l’atelier où cohabitent quelques 70 sculptures en plâtre, bronze et terre, certaines jamais montrées au public, car trop fragiles pour circuler, on passe à un cabinet d’art graphique qui expose une partie des 5 000 dessins, carnets, bout de nappes – tout ce qui servait de support à ce dessinateur compulsif. Et à l’étage, on retrouve un grand espace lumineux entouré de verrières et de trois salons élégants ornés de tapisseries art déco qui se marient à merveille avec le caractère brut, un peu rugueux des œuvres de Giacometti.

L’Institut Giacometti est un lieu hybride qui se veut à la fois centre de recherche et d’éducation, avec notamment une bibliothèque de référence sur l’art moderne et une bourse de recherche, mais aussi un espace d’exposition.

Un dialogue inspirant entre deux génies

L’exposition sur L’Atelier d’Alberto Giacometti vu par Jean Genet inaugure les lieux. L’écrivain français a posé à plusieurs reprises pour Giacometti durant les années 1950, et dans des conditions pas toujours évidentes, comme il témoigne plus tard : « J’ai encore dans les fesses la paille de la chaise de cuisine sur laquelle il m’a fait assoir pendant quarante et quelques jours pour faire mon portrait. Il ne me permettait ni de bouger, ni de fumer, un peu tourner la tête, mais alors une conversation de sa part tellement belle. » Giacometti : « Si tu veux, toutes tes formes sont plus ou moins floues, très floues même. Mais le curieux c’est que si tu fais l’œil précis, tu risques d’abolir exactement ce que tu cherches, c’est-à-dire le regard. »

Giacometti réalise l’un des portraits les plus vivants et véridiques de son ami. Jean Genet : « Si tu posais pendant mille ans, je suis persuadé d’avance que dans mille ans je te dirais tout est faux, mais je m’approche un petit peu. »

C’est l’occasion pour le public de s’approcher au plus près des œuvres pour les admirer trait par trait, et aussi de suivre ce dialogue très original entre deux génies qui se sont inspirés mutuellement. « Le Balcon que Giacometti illustre se situe dans un bordel et Giacometti va être très marqué par les prostituées qu’il rencontre, dont il va faire un hommage dans l’après-guerre avec ces filles vues de loin. Cette vision de loin va lui donner cette idée de réaliser ces figures très fines et élancées », explique Christian Alandete.

Un Miro dans un placard

On en trouve également un exemple saisissant dans le musée : les Femmes de Venise que Giacometti a créé pour la Biennale en 1956 sont présentées pour la première fois en France dans cet écrin d’une beauté surréaliste. Cet hôtel particulier a d’ailleurs été réhabilité grâce à la vente d’une toile d’un autre ami : une toile de Miro d’une valeur de près de neuf millions d’euros que Giacometti avait rangé dans un placard.